SA2019: les statistiques de régularité ignorent les correspondances

Vous êtes nombreux à constater le gouffre qui sépare les chiffres de régularité affichés par la direction de la ligne D d’une part, et le ressenti des galériens du RER D d’autre part.

Le journal Le Parisien et le journal Le Républicain l’ont souligné aussi, à partir de témoignages de gens bien réels: quand tout va bien, le trajet total dure 15 à 30 minutes de plus qu’avec l’ancienne organisation (le SA2014)

On peut trouver une explication à ce gouffre en utilisant les chiffres de ponctualité affichés sur la page http://maponctualite.transilien.com avec, par exemple, un trajet Ballancourt – Gare de Lyon avec changement à Juvisy hier matin, le 23 janvier 2019:
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Ballancourt – Juvisy : 89% de ponctualité
Juvisy – Gare de Lyon: 44% de ponctualité

En théorie, selon le contrat entre IdF Mobilités et SNCF, SNCF doit être capable de s’intéresser au trajet complet du client final, et pas seulement au trajet de chacun des trains qu’il emprunte pour son voyage. On peut donc envisager d’interroger cette page pour un trajet Ballancourt – Gare de Lyon.

Eh bien le résultat est édifiant, les données ne sont pas disponibles. SNCF ne mesure pas les temps consacrés aux correspondances qu’elle impose à ses clients. Pour la direction de la ligne, il n’y a pas de données inexistantes, il y a un temps nul, d’où la performance exceptionnelle perçue dans les bureaux de la direction de la ligne pour le dessin de la ligne à 2 systèmes indépendants: le changement à Juvisy est transparent pour les statistiques de SNCF tant il est court.

C’est bien sûr absolument incompatible avec les dispositions du contrat entre SNCF et IdF Mobilités et j’estime qu’il est nécessaire de le faire découvrir à IDFM. D’où ce billet sur le site de l’Adumec qui, j’ai de bonnes raisons de le penser, est lu par des personnes importantes pour la suite à donner au SA2019.

Il est indispensable de disposer d’un outil de mesure objectif des correspondances à Juvisy, non seulement parce que c’est dans le contrat de SNCF, mais aussi et surtout parce que cela permettra de comprendre pourquoi cette organisation à deux systèmes indépendants est si décevante.

Sans cet outil, tous les résultats exprimés par SNCF et repris jusqu’à la présidence de la région n’ont aucun sens. On peut même affirmer qu’il ne fallait pas déployer le SA2019 sans disposer au préalable de la mesure du temps du trajet total de chaque voyageur.

SNCF doit respecter le contrat avec IdF Mobilités

SNCF Mobilités est le prestataire du syndicat « IdF Mobilités ». IdF Mobilités est l’organisateur des transports publics dans la région Ile de France.

Le lien entre ce syndicat et l’établissement public est un contrat, adopté par les 2 parties.

Dans ce contrat, IdF Mobilités définit une offre de transport et un niveau de service et un mode de pilotage pour l’exécution de ce contrat.

Cliquez sur l’image pour ouvrir la page consacrée à ce contrat sur le site de IdF Mobilités.
On découvre, dès les premières lignes de cette page, que  » Le respect de la ponctualité et de la qualité de l’offre réalisée est un impératif majeur. «  .
Un peu plus loin sur la même page, on lit que:
 » Un suivi plus fin de la ponctualité, distinguant heures pointes et heures creuses « 
et
«  Une prise en compte du trajet « origine-destination » du voyageur, pour s’affranchir de la configuration par branche de certaines lignes du réseau. Cette méthode de calcul sera partagée avec les Associations de voyageurs concernées et appliquée dès 2017 sur les lignes C et D du RER. « 

Le contrat lui-même est un gros pavé de 176 pages, plus des annexes. Nous le parcourerons pas exhaustivement maintenant. Nous allons revoir les premières lignes du premier chapitre, là où sont exprimées les ambitions, il ne parle pas d’objectifs mais il faut bien comprendre qu’il s’agit de cela et que c’est partagé entre les deux parties.

Ainsi, page 10, dans « Les ambitions du contrat« :

La qualité de l’offre est davantage mesurée à l’aune du vécu des voyageurs : la suppression des trains ainsi que la suppression des arrêts en gare sont sanctionnés dans l’indicateur de ponctualité qui sera désormais calculé mensuellement afin de ne pas lisser le résultat sur l’année. La distinction entre heures de pointe et heurescreuses est désormais fournie ainsi que le poids de l’évolution de la ponctualité des branches, et cela afin de mieux rendre compte des progrès réalisés sur chacune d’entre elles. La notion de « branche » est également réformée, pour s’affranchir d’une vision technique et ainsi correspondre à un parcours voyageur.

C’est la raison pour laquelle j’affiche les chiffres de ponctualité par segments de trajet avec Juvisy comme pivot sur le trajet Malesherbes – Paris et c’est pourquoi je n’extrais que les chiffres pendant les plages d’heures de pointe et dans le sens de la pointe.

SNCF ne le fait pas et se contente d’exprimer des chiffres moyens qui ne représentent aucun trajet d’un voyageur réel.

Un peu plus loin, au bas de la page 11:

« Enfin, le contrat permet de poursuivre le travail d’écoute des usagers et des élus via :
-des comités de lignes au fonctionnement amélioré ;
-un dialogue préalable à la mise en place de nouveaux horaires avec les associations d’usagers et les élus concernés ;
-la poursuite des retours d’expérience pour comprendre les causes des incidents majeurs et surtout appréhender les moyens de les prévenir ;
-l’information des associations d’usagers et des élus en amont de travaux influençant significativement les conditions de réalisation de l’offre commandée par le STIF »

Il n’y a pas de dialogue avec les associations d’usagers et les élus concernés. IdF Mobilités est incapable de nous montrer les compte-rendus de concertation et les PV des contributions de chacun.
Il n’y a pas d’exploitation des retours d’expérience. Par exemple pour comprendre pourquoi les aléas du nord de Juvisy se progagent encore jusque sur la branche de Malesherbes.

Il est donc inutile de lire les 165 pages suivantes. SNCF doit commencer à afficher et exploiter des indicateurs de ponctualité représentatifs des vrais trajets des vrais voyageurs, et pas un indicateur moyen sur toute la ligne et toute la journée ou tout le mois. C’est dans le contrat.

Les chiffres doivent être mis à disposition de l’organisateur ET des associations d’usagers et d’élus.

L’analyse de ces chiffres et du retour d’expérience font partie du contrat, on attend encore malheureusement.